Partager l'article ! CLAIRE NEBOUT "NUS" AUX EDITIONS DU CHÊNE: Claire Nebout s’étend sur la nudité Par ALEXIS JA ...
Par ALEXIS JAKUBOWICZ
Claire Nebout nusEditions du Chêne, 88 pp., 35 €. Signature du livre le 28 mai à la librairie l’ Ecume des pages à Paris.
Claire Nebout a le corps dessiné en clair-obscur. Elle a le dos d’une odalisque d’Ingres et les épaules d’une baigneuse de Picasso. L’ombre et la lumière se taillent la part de ses reins, de son dos, de ses seins, des lignes franches et puissantes à la Rodin. Au cinéma, l’actrice a longtemps mis son corps de muse en gage pour se payer une révolte, l’image d’une sexualité libérée de toutes les convenances.
Echappée du Lieu du crime d’André Téchiné en 1986, elle adopta cette stature pendant vingt ans ; mais toutes les Vénus se lassent du piédestal. A force d’exposition, naissent de profondes introspections ou l’irrésistible envie de voir ailleurs. Ses tremblements d’icône, Claire Nebout les a confiés au photographe et réalisateur Jean-Pierre Larcher. Ensemble, ils sont allés chercher le vrai corps de l’actrice et le ramènent, sans fard, A la lueur des désirs.
De longues heures d’intimité, filmées entre les murs d’une maison sans âge, sont compilées dans un documentaire, diffusées très tard dimanche soir sur France 2. Vingt-six minutes de sincérité au cours desquelles Claire Nebout parle et pose, mêlant devant la caméra la nudité des mots à celle de son corps. Face à l’objectif, elle fait preuve d’un quotient schizophrénique élevé, tribut de sa beauté, mais aussi de son talent. Son témoignage engage toutes les femmes gravées, peintes, dessinées, sculptées, photographiées ou filmées nues. C’est que le dépouillement du corps embrasse celui de l’âme dans une intemporalité déconcertante.
Si le nu est le motif privilégié de cette rencontre, il n’en est pas le sujet. L’enjeu de ces images, c’est la marque du temps, «les rides qui se creusent, la peau qui se relâche, les kilos qui ne s’en vont plus». Claire Nebout dévoile ici toute son altérité. Ces bras, ces jambes «puissantes d’écuyère» qu’elle n’a pas choisis se révèlent déformables sans être manipulables. Le projet fait aussi l’objet d’un livre et une exposition devrait être programmée à Paris ultérieurement.
« Le projet de ce documentaire et de ce livre À la lueur des désirs avec Claire Nebout, repose sur une amitié, une confiance qui dure depuis plus de vingt ans. Une rencontre qui débute dans l’irréalité d’un viseur de Rolleiflex. Elle venait de tourner son premier film avec André Téchiné «Le lieu du crime». Elle amenait dans ce film une audace, une violence. La révolte d’un corps, d’une sexualité libérée de toutes convenances. Libre de toute forme de représentation, mon travail en photos avec Claire se focalisa sur le corps, le nu, la sincérité des formes, leur humanité. Consacrée, reconnue, elle entrait dans le cinéma des années 80 en toute innocence. Une innocence que nous avions en commun du métier d’acteur et du travail qu’il demandait. Elle devint donc dans l’esprit de chacun et dans plus de 20 films, l’un des symboles sexuels du cinéma français. Un cinéma, un métier qui dépose sur l’acteur une autre conscience de la vie mais aussi parfois des doutes, des impasses. Il y a deux ans, après une longue période de silence et d’éloignement, nous nous sommes retrouvés sur des questionnements, des doutes partagés. Il lui arrivait dans sa vie, dans sa carrière, un passage à vide. Son corps changeait, le regard du cinéma sur elle aussi. Le symbole qu’elle incarnait dans les années 90 et son cortège de clichés se diluaient. Elle renouait avec le théâtre, ses exigences, ses prises de consciences, et ces introspections. Tout renaissait en elle. Un désir farouche, intact, d’aller voir ailleurs. De s’éloigner radicalement des images, des étiquettes que le cinéma lui avait collé. […] Elle me proposait de réaliser vingt ans après une dernière séance photos de nus. Un désir commun de montrer son corps autrement et donner à voir autre chose d’elle en esquivant tous les faux-semblants de la séduction. L’envers des images convenues de l’actrice. Loin de ces corps liftés sans âme où l’individu a disparu. Habillée par untel, coiffée par d’autres mais toujours photographiée avec les mêmes poncifs d’une beauté réglementée, pesée, calibrée des magazines qui n’ont que le nom d’être féminins. On se mit à l’écart, on s’enferma pendant plusieurs jours dans le quotidien d’une maison. Avec l’unique volonté de n’avoir aucun but réel, aucune performance ni résultat, laisser simplement aller et venir les silences, être à l’écoute de soi et de l’autre. […]Par ces images nous revenions à la féminité, aux traces du temps, à l’humanité et à l’érotisme qu’elles expriment. […] Revenir aux sources d’une vocation en se réappropriant son corps et sa féminité. » Jean-Pierre Larcher
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Photo : Jean-Pierre Larcher
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